Mieux choisir ses cosmétiques – Interview d’une spécialiste Emilie Rogg

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit un article au sujet des ingrédients. Grâce à mon métier de pharmacienne et à ma curiosité personnelle, j’ai acquis ces dernières années un certain nombre de connaissances sur les ingrédients utilisés en cosmétique. Mais ce domaine est tellement vaste, qu’avoir « un certain nombre de connaissances » à ce sujet ne me permet pas, loin de là, de me proclamer spécialiste de la cosmétique.

Il y a quelques mois, je vous parlais de ma rencontre avec Emilie Rogg, phytochimiste avec une carrière dans les entreprises cosmétiques et d’ingrédients utilisés dans la cosmétique. Il y a quelques années, elle a décidé de créer sa propre marque de soins pour enfants, PhytoSuisse, dont je vous ai parlé ici.

Lors de notre dernière rencontre, nous avons décidé d’écrire un article en commun sous la forme d’une interview. J’ai concocté une liste de questions à laquelle elle a répondu. Je n’ai pas modifié ses propos. J’ai complété ses réponses par diverses remarques que vous pourrez lire en italique tout au long de l’interview.

Les connaissances d’Emilie font d’elle une spécialiste sur les ingrédients ce qui me permet de vous proposer un article, un peu plus sérieux et didactique. J’espère qu’il vous plaira et vous aidera peut-être dans vos choix lors de vos achats futurs de cosmétiques.

1. DisMoiCéline – On peut souvent lire sur les emballages « sans parabènes ». Ils sont généralement remplacés par du phénoxyéthanol. Qu’en pensez-vous ?

Emilie – Pour moi le problème se situe bien plus loin que le fait d’utiliser du phénoxyéthanol ou non. Nos méthodes d’analyses sont aujourd’hui bien plus performantes qu’autrefois et de nombreuses substances utilisées s’avèrent aujourd’hui être toxiques.

Les parabènes se sont avérés être néfastes pour notre santé. Des alternatives dont le phénoxyéthanol ou encore le méthylisothiazolinone ont donc été mis sur le marché.

Les isothiazolinones sont une classe de conservateurs très allergisants retrouvés fréquemment dans les gels douche. Ces substances sont des petites bombes à retardement, puisque les allergies de contact qu’elles génèrent, se déclarent après 6 semaines de contact voire plus.

Autrefois les parabènes étaient montrés du doigt, aujourd’hui le phénoxyéthanol pour ne citer que celui-ci car il en existe de nombreux autres.

Il faut savoir que la toxicité d’une substance est toujours dépendante de la concentration utilisée. Les médias sont malheureusement sources de nombreuses erreurs. Seule une partie de l’information est transmise et ceci génère une panique générale de la population qui décide alors de boycotter ces substances.

Les journalistes écrivent sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas à 100%, on ne peut pas tout savoir, c’est clair. Mais effectivement, ils ne rendent pas compte qu’ils ont une certaine main mise sur l’opinion publique. Et quand on n’est pas spécialiste dans un sujet, cela peut entraîner de sérieuses conséquences. Comme par exemple, le remplacement des parabènes par les isothiazolinones.

Le phénoxyéthanol n’est pas interdit par la règlementation européenne. La concentration maximale à utiliser est en revanche définie.

Le problème vient essentiellement des marques ne suivant pas cette règlementation et on ne peut jamais connaître exactement la quantité de phénoxyéthanol présente dans un soin. En revanche, on peut l’estimer en regardant la liste des ingrédients.

Par exemple, si un actif est mentionné présent à 5% et que le phénoxyéthanol arrive après cet actif dans la liste des ingrédients, c’est que le phénoxyéthanol est présent à moins de 5%. S’il arrive avant cet actif, c’est qu’il présent à plus de 5%.

Il est donc je pense tout à fait légitime de la part des consommateurs de se méfier et préférer ainsi l’abstinence totale. Dans un sens, il faudrait éviter les produits en contenant.

On commence par ma crème pour les mains, Crabtree & Evelyn, pas terrible tout ça, Phénoxyéthanol, Méthylisothiazolinone.

 

2. Par quoi pourrait-t-on remplacer ces conservateurs synthétiques ? / Existe-il des conservateurs naturels ?

Bien sûr, il existe aujourd’hui de nombreux conservateurs naturels. Leur efficacité est cependant dépendante de nombreux facteurs (type de formulation, pH). De plus, il est souvent nécessaire d’en tester de nombreux avant de trouver celui qui correspond. Au final, avec un peu de persévérance, on trouve toujours une solution.

Donc les industriels qui nous disent qu’ils sont obligés d’utiliser tel ou tel ingrédient à tort à mon avis. Vous vous rappelez de ce chef d’entreprise nous expliquant qu’on ne peut pas faire un gel douche sans sodium laureth sulfate, à relire ici.

3. Pourriez-vous nous donner un exemple ? Est-ce que le tocophérol est un bon exemple ?

Le tocopherol n’est pas un conservateur en lui-même. Il protège la formule de l’oxydation des lipides mais ne joue aucun rôle sur la stabilité microbiologique. Voici quelques exemples de conservateurs naturels : Sodium levulinate, Levulinic acid, Sodium benzoate, Potassium sorbate, Anisic acid, Gluconolactone, Phenethyl alcohol, Rosmarinus Officinalis (Rosemary) Leaf Extract, Sodium anisate, Phenypropanol, Sodium caproyl/lauroyl lactylate, Glyceryl caprylate, Pentylene glycol.

Une composition simple d’un beurre pour les lèvres. Pas de conservateurs, puisque cette formule ne contient pas d’eau, mais uniquement des lipides.

 

Les conservateurs naturels proposés comme exemple par Emilie se retrouvent dans cette huile de douche au Cédrat Bio Beauté by Nuxe, donc c’est possible.

 

4. Pourquoi utilise-ton encore des conservateurs synthétiques s’ils sont si néfastes ?

Comme évoqué précédemment, contrairement aux conservateurs naturels, les conservateurs synthétiques sont souvent plus universels et plus stables. Le phénoxyéthanol par exemple fonctionne très bien dans la plupart des formulations. Le choix du conservateur reste encore très difficile et demande du temps, ce que beaucoup de société n’ont pas.

Le problème est bien résumé, cela demande du temps et de l’argent. Les grandes sociétés ont de l’argent, mais ne souhaitent pas forcément l’investir au bénéfice de leurs clients. Je suis méchante. Malheureusement, c’est très proche de la vérité. Même si les entreprises essayent de nous prouver le contraire en se rachetant une conscience.

Continuer à utiliser le phénoxyéthanol est une solution de facilité qui en plus, est bon marché.

5. Qu’utilisez- vous comme crème de jour en ce moment ?

Depuis que j’ai créé mes soins, toute la famille les utilise, même mon mari 😊

Avis aux amateurs. Relisez mon article sur la gamme complète essentielle de PhytoSuisse. Je vous rappelle que vous pouvez toujours me contacter par email pour obtenir des échantillons dans ma pharmacie.

Voici la composition simple et efficace du gel nettoyant Visage et Mains de PhytoSuisse.

 

6. Une nouvelle théorie de nettoyage, que j’applique d’ailleurs, a été proposée par certains spécialistes de cosmétiques. Elle consiste à se nettoyer correctement le visage le soir et le matin, à ne pas utiliser à nouveau un produit moussant potentiellement agressif, mais juste un coup d’eau thermale ou une lotion aqueuse.

Que pensez-vous de cette théorie du mono nettoyage ?

Je suis tout à fait d’accord avec cette théorie qui est un fait démontré et non plus une théorie. Le lavage excessif avec des produits moussants perturbe le film hydrolipidique à la surface de notre peau et altèrent sa fonction. En effet, les produits moussants permettent certes d’ôter les impuretés de notre peau mais enlèvent aussi nos lipides naturellement présents jouant un rôle essentiel dans la maintenance d’une peau saine. Il est donc nécessaire que notre rituel d’hygiène soit modéré.

7. Nous savons que les industriels utilisent largement le Sodium Laureth Sulfate dans leur gel douche. Pourquoi ce principe actif est-il néfaste ?

Le SLS comme tous les agents sulfatés sont des ingrédients très prisés car ils possèdent un fort pouvoir moussant et sont peu onéreux. Les consommateurs pensent que plus il y a de mousse, et plus le produit est efficace. Il s’agit d’une erreur fondamentale, car, dans ce cas, la peau n’est pas seulement lavée mais également décapée ! Ces ingrédients sont très irritants pour la peau, car perturbent la barrière cutanée.

Pas facile de modifier le vécu et la pensée collective. Effectivement, un gel douche, cela mousse, sinon, ce n’est pas un vrai gel douche. Il faut changer sa vision du nettoyage, mais c’est pas évident.

En revanche, les agents sulfatés contenus dans les gels douche ou shampooings ne sont pas les seuls ingrédients néfastes. D’autres agents sont ajoutés pour augmenter le pouvoir moussant comme les éthanolamines (à retrouver tels quels dans la liste des ingrédients MEA, DEA, TEA). Seulement ces ingrédients augmentent la perméabilité de la barrière cutanée et favorisent donc l’entrée des substances nuisibles.

8. Les esters de coco sont-ils une bonne alternative au SLS?

Il est difficile de dire ce qui est mieux. Il existe certes des tensioactifs plus doux pour la peau mais la fréquence du nettoyage, une faible concentration de ces tensioactifs dans les produits lavant ainsi que le retrait d’agents boostant nettoieront la peau tout en préservant au mieux cette barrière cutanée.

Naturaline nous prouve qu’il est possible de fabriquer un gel douche sans SLS et bon marché.

 

9. Est-ce qu’un prix élevé est gage de qualité ?

Oui et non.

Le prix est dépendant de plusieurs facteurs :

  1. Quantité produite : plus une société produira à grande échelle (Mass Market) et plus les coûts de production seront faibles. Cette marge permet donc de fabriquer des produits un peu moins chers. Si cette marque vise le grand marché, il est alors possible de trouver des bons produits pour 15 CHF.
  2. Archétype : Le marché est segmenté en archétype : nature, perfection, sportif, etc. et un même produit sera vendu beaucoup plus cher si cette marque vise les personnes perfectionnistes à fort pouvoir d’achat. Ainsi, le prix élevé ici n’est pas dépendant de la qualité mais uniquement du marketing déployé pour ces grandes marques de luxe (70% du prix final).

La qualité quant à elle est dépendante de la culture et philosophie de la société. Il faut donc bien s’informer et ne pas uniquement se fier aux informations marketings.

Le prix est donc dans un certain sens dépendant de la qualité pour les petites marques. En revanche, il est absolument nécessaire que les consommateurs deviennent plus critiques et regardent les ingrédients avant d’acheter un produit.

Je suis à 100% d’accord avec ces propos. Vous connaissez déjà un peu mon avis sur la question. Je pense qu’avec les marques de luxe, le marketing étouffant se retrouve généralement dans le prix des produits. Après l’odeur et la texture, il faudrait toujours analyser la composition. Pas toujours facile de résister à un produit qui nous attire. Il est clair qu’une grande quantité d’ingrédients de faible qualité et/ou une faible quantité d’actif, peut me faire reposer un produit et me dissuader de l’acheter.

Conclusion

Le monde de la cosmétique est immense. Il est donc généralement difficile de comprendre les compositions exactes d’un soin cosmétique. Mais en acquérant diverses connaissances, on peut en revanche aisément se faire une idée claire sur la qualité d’un produit.

Même si je ne comprends pas tous les méandres d’une composition, quand j’achète un produit et vous savez que cela m’arrive souvent, je regarde la composition et je fais un petit classement dans ma tête : très bonne, bonne, moyenne, mauvaise.

Voici une composition très complexe d’un contour pour les yeux…difficile à décrypter tellement il y a d’ingrédients.

Donc, on ne le répètera jamais assez, pour éviter de mauvaises surprises, lisez les compositions avant vos achats ou renseignez-vous auprès de spécialistes.

Je remercie très chaleureusement Emilie pour le partage de ses connaissances, ainsi que le temps qu’elle a accordé à la rédaction de cet article.

En avez-vous appris un peu plus sur les cosmétiques ?

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5 réponses à “Mieux choisir ses cosmétiques – Interview d’une spécialiste Emilie Rogg

  1. Très chouette idée d’avoir tourné cet article en interview! De nos jours, il existe de plus en plus de nettoyants (et aussi autres cosmétiques) formulés avec un pH très bas et proche du pH naturel de la peau afin justement de ne pas bousculer son équilibre naturel et la protéger. J’aurais été curieuse d’avoir son avis à leur sujet!

    Belle soirée!

    1. Coucou Laetitia,

      J’ai posé la question à Emilie, je modifierai mon message en fonction de sa réponse. Pour ma part, plusieurs critères doivent être pris en compte pour affirmer qu’un nettoyant est doux. L’un d’eux est le pH qui doit être au plus près de 5.5, pH de la peau et grâce auquel le film hydrolipidique formé est de qualité et répond au mieux à son rôle de barrière. Souvent les produits nettoyants ont un pH basique de 8 voire plus. A ce moment là, on est face à un produit décapant qui nettoie de manière trop agressive.
      Bon we

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